" Voici un petit livre sur la politique de la ville qui se donne la lourde tache d'aborder cette politique dans toutes ses dimensions, tous ses dispositifs et à travers tous ses acteurs ; c'est donc évidemment un condensé alliant une présentation factuelle des lois, réglementations et des chiffres de la politique de la ville, avec une réflexion critique sur sa mise en place, ses objectifs et résultats. L'auteur choisissant une approche chronologique/contextuelle part de l'histoire des grands ensembles avec les constations des premiers ratés du progressisme urbanistique et les premières mesures de rattrapage (mesure Habitat et Vie Sociale) pour nous amener progressivement au plan espoir Banlieue que Fadela Amara son instigatrice préfère nommer « dynamique espoir banlieue » sans doute pour faire oublier la multiplication des « plans » de la politique de la ville jusqu'ici manquant le gros de leurs objectifs initiaux. L'auteur reconstruit ainsi tout l'étayage d'une politique complémentaire (et « positivement inégalitaire »), à côté de dispositifs de droit commun, politique qui depuis une trentaine d'années occupe toujours le devant de la scène politico-médiatique. Des décennies de politique de la ville peuvent-elles encore porter l'espoir des banlieues ?
L'auteur note très justement trois problèmes majeurs dans la politique de la ville. Un : c'est une politique par à-coups, sans véritable continuité des actions engagées et des dispositifs, avec des retards, des ratés. Depuis trente ans, les priorités ont changé au gré des ministres, des secrétaires d'état et des événements, passant du bâti, aux habitants, à l'économie, à la sécurité en passant par les moindres priorités réussite scolaire, santé. Deux : la géographie prioritaire, stigmatisante pour les populations locales, est victime de son succès. Offrant plus de moyens financiers d'action, étant dans une logique de discrimination positive, les plus de 700 ZUS et 100 ZFU en cette fin de première décennie de millénaire participent du saupoudrage des crédits au dépend des « zones » les plus en difficultés réelles. Sans apporter de réponses précises, cet ouvrage pose la question essentielle des indicateurs de définitions des territoires vraiment prioritaires. Trois enfin : la transversalité affichée de la politique de la ville, son originalité à la base, est entravée par le trop grand cloisonnement entre les échelles de pouvoir et les services qui ne communiquent pas et ne travaillent pas forcement dans le même sens, avec les mêmes objectifs. Le plan (qui en est pourtant bien un) espoir banlieue travaille à ce décloisonnement en réaffirmant la nécessaire transversalité. Il n'est jamais assez bon de le répéter.
L'auteur prend bien soin d'exposer les différents points de vue sur la politique de la ville. À ceux qui martèlent que la politique de la ville est un échec (et ils sont beaucoup), il présente le cas de territoires où, malgré ce que l'on croit, les actions de la politique de la ville ont un impact positif, même si peu visible dans l'immédiateté de l'événement : Mantes-la-Jolie, ou encore Vaux-en-Velin. Mais cette mise en lumière des réussites, n'est jamais faites sur le ton de l'angélisme (conférer les problèmes de fond présentés plus haut).
Journaliste, l'auteur présente un ouvrage découpé, aux textes courts et au style très marqué par le papier léger des quotidiens et autres hebdomadaires. Ce style court, tranchant et parfois un peu familier, gêne la lecture au long cours, mais a le mérite d'aborder, dans des chapitres qui ne sont évidemment pas de fond, une multitude d'aspects (voire les principaux) de la politique de la ville, aussi bien du « people» comme du « place» autrement dit des compétences de l'ACSE comme l'ANRU." - FH

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